Le bonheur se rapporte à l’aspiration d’un état où l’être humain se gave de sérénité. Nous passons notre temps à mettre en avant les aléas de la vie. Tout le côté néfaste de l’existence est sujet à discussion. Nous cherchons tous, le moyen d’échapper à ce qui convient d’appeler le mal ; qu’il soit moral ou physique, il constitue la dominance privilégiée de notre attention.
L’homme ne vit que dans l’extrême exigence d’éviter les maux de l’existence. Sa satisfaction correspond à la virtuosité qu’il met à échapper aux embarras engendrés par une société dont il fut le concepteur.
Quand il vivait de cueillette et formait une bande de vénérable pasteur, avait-il conscience du malheur ? Et le mot bonheur en supposait-il une réalité ?
Le malheur d’où résulte la souffrance est un sentiment que parvient à cerner l’humain. Il la redoute tant, qu’il passe sa vie à essayer de s’en écarter. Dès que le malheur s’est institué le psychisme s’en trouva aussitôt gangréné.
La perdition des hommes puise sa semence dans l’avènement de l’aspect négatif du système communautaire. Le malheur, n’est ni le bien, ni le mal, il est le fait implicite pour lequel le cerveau a prêté une allégeance.
L’être humain ne cherche pas à créer un monde de douceur. Il façonne sans cesse des barrières inefficaces contre l’emprise du malheur. Avez-vous déjà lu un livre qui ne parlait que du bonheur, de tous les instants de la vie qui apportent à l’individu un sentiment de joie considérable ? Je vous alloue la présence de la bible, mais dans les écrits de ce grand ouvrage, il est dit que l’homme parviendrait à l’apothéose seulement après avoir subi les pires désagréments. De même l’agapè ne nous est pas dépeint dans toute sa singularité, on s’en tient simplement à nous parler de récompense. Le royaume des cieux réservé aux plus démunis, aux plus torturés de la vie terrestre. A part le fait que les derniers seront les premiers, qu’ils vivront une éternité. Quelle précision avons-nous sur l’aspect réel de ce bonheur qui nous attend. D’un point de vue positiviste ou théologique l’ignorance garde sa virulence.
Le bonheur se marque d’un sceau inviolable. Il prédomine un certain mutisme à déclarer la joie que l’on ressent, comme si l’être humain avait peur qu’elle ne soit accaparée par un autre. Donc parler de ses problèmes soulage et peut amener une aide pour les supporter. La joie s’apparente à un égoïsme déclaré. C’est un bien précieux qu’il est difficile de partager.
Ces petits moments de l’existence où nous ressentons un bien être face à un événement quelconque peuvent-t-ils être une prémisse à l’élargissement d’un bonheur idéalisé ?
L’individu n’a jamais pratiqué une politique du bonheur. Il s’évertue à se protéger, à solutionner les situations difficiles. Mais à aucun moment, il ne sait dit « Désormais réfléchissons sur le mot bonheur et tachons de le définir ». S’il avait entrepris dès le départ la démarche la phrase de R. Descartes n’aurait plus de sens :
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« Vivere omnes beate volunt, set ad pervidendum quid sit quod beatam vitam efficiat, caligant »(Tous veulent vivre heureux, mais lorsqu’il s’agit de voir ce qui rend la vie heureux, ils sont dans les ténèbres).
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Le concept du bonheur caractérise plutôt un moyen de maintenir l’individu dans un cadre rigide. Encore une fois, il s’agit là de manipulation insidieuse. On édicte des préceptes, on fabrique une morale que doit suivre l’individu pour parvenir à un bonheur hypothétique. La morale ne définit pas la manière dont nous devons procéder pour nous rendre heureux, mais elle nous montre les pièges à éviter pour ne pas l’être. De fait, nous piétinons allègrement dans une obscurité sans fin.
« Vouloir le vrai, c’est s’avouer impuissant à le créer » par ces mots Nietzsche résume l’incompétence de l’être humain à cerner une réalité à l’irréalité. Le bonheur est un vain mot qui comme dieu se dépose dans les tréfonds de l’esprit que si la foi devient l’unique logique de vie.
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Raymond Procès
http://raymond_proces.publibook.com
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