Le scientisme en question, par Raymond Procès


Toute nouveauté mise à jour par l’entreprise humaine est sujette à caution. Inévitablement on en vient à redouter les manifestations innovatrices de nos esprits entreprenants. Car la question de la création pour le bien ou le mal ne manque pas d’être échafaudée. Tout ce qui est crée peut être détruit, mais ce qui est créé peut détruire. De la pierre taillée, à la bombe à neutrons, l’homme s’enflamme dans l’édification d’instruments semeurs de mort. L’interrogation serait de savoir si l’homme ne devrait pas dans un premier temps perpétuer sa propre identité en tant qu’être usant de réflexion. Pourquoi milite-t-il sans cesse pour concevoir des outils en mesure de détruire ses prétentions à une inscription dans une éternité ?
L’homme vit une fatalité biologique qui le pousse à combattre ses limites naturelles. Le problème, dans notre civilisation, est l’excès de confiance que l’on accorde à toute forme de nouveauté. Comme si tout ce qui fait la nouveauté apportait un mieux à la société. Il s’en suit un aveuglement arbitraire, de ce fait, l’essentiel des techniques se tourne vers une avancée démentielle. Le génie humain s’acharne à vouloir donner forme à l’invraisemblance; ce désir impérieux s’apparente à une maladie intrinsèque dont le virus ne subit en aucune façon les avatars des faiblesses psychologiques.
L’homme subit son scientisme, il est profondément lié à la notion de croissance, d’évolution sans palier. Les bornes ont été dépassées et le respect de la pensée humaine se trouve violé. La nouveauté, trop nouvelle, devient rébarbative et contrôle en dictateur le comportement des individus, fondus qu’ils sont dans un système contingenté.
L’humain ne tire plus une réflexion de sa propre intimité. Il s’abaisse à ce que le scientisme prenne les rênes de sa destinée. Le plus dangereux demeure dans le manque de sédition de l’élément cerveau. Le maniement psychologique petit à petit érige ses lettres de noblesse. Plus la société s’arroge un droit à la connaissance universelle et plus on constate qu’il s’agit d’une minorité de personnes qui se satisfait de telles conditions.
On dénote que la majorité des populations se laisse diriger. Il persiste une aliénation mentale qui élève au fur et à mesure un handicap sur l’innovation intellectuelle. Le sentiment d’une perte d’identité hominien croît inexorable, accompagné par une insuffisante velléité. L’histoire des moutons de Panurge, n’a rien d’une fable, quand on assiste à la manière dont les cerveaux faibles se laissent berner par d’autres beaucoup plus entreprenants et avides de pouvoir.
La pensée humaine subit, sans équivoque, l’empirisme des sciences. A cet état de possession le facteur psychologique atteint une pathologie qui lui fait croire que le mal est le bien. Le conditionnement se pratique sans douleur avec une incroyable efficacité. Il n’existe plus de stabilité, ou de sécurité puisque tout est livré aux aléas des réalisations scientifiques.
L’individu devient insensible aux malheurs d’autrui. L’apport des médias dans la divulgation des informations parvient à un tel paroxysme que ceux-ci délivrent une montagne de faits divers à l’esprit qui ne sait plus niveler l’importance et la gravité des événements. A croire que la guerre du Golfe ne fut comparable pour la plupart des personnes non présentes sur le champ de bataille qu’à une querelle très éloignée de la vie de tous les jours. Une altercation avec un voisin ou un collègue de bureau tient plus à cÅ“ur, que l’image d’une catastrophe ou que la misère véhiculée à travers des écrans de télévision. Il subsiste un désintéressement de la cause humanitaire. L’égoïsme étend son champ d’action. L’effet grégaire de la communauté humaine, bien que s’intensifiant, atteste aussi de la mauvaise influence qu’il suscite sur l’esprit retors et pernicieux de l’individu.
De toutes les misères que l’homme s’affuble, il en est une qui le portera aux solutions extrêmes. Qu’arrivera-t-il le jour ou l’espace terre se trouvera saturé de notre présence humaine ? Dans toute l’immensité aquatique qui recouvre les trois quarts du globe, trouverons-nous un abri et une autre aire pour satisfaire notre besoin d’évolution ? La dure réalité pose sa substance et émet une gageure que le scientiste humain devra élucider au plus tôt ; la peur de l’anéantissement. De la projection apocalyptique se dégage un horizon très proche de notre demain.
http:raymond_proces.publibook.com

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